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Oedipus King of AI

La fabrication

Cinéma Code

La fabrication, code et image

Autrefois nous interrogions les dieux. Aujourd'hui nous codons l'oracle.

Aujourd'hui, les modèles d'intelligence artificielle qui permettent de générer des images et des voix sont distribués entre quelques fournisseurs : Runway ML, ByteDance, Kling, Google, OpenAI, ElevenLabs et d'autres. Chacun excelle dans un domaine, aucun ne couvre l'ensemble. Sans orchestration, on passe sa journée à manipuler des fichiers et à ranger. Non à prompter.

J'ai donc codé un logiciel : Squiddle. Une plateforme de production maison qui crée les rushes, dialogue avec DaVinci Resolve, récupère les contenus et orchestre la post-production et les effets spéciaux.

Squiddle — vue Canvas, graphe de génération d'une scène
Squiddle — vue Canvas. Graphe de génération d'une scène (personnages, prompts, dérivés).
Squiddle — vue Timeline, post-production batch
Squiddle — vue Timeline. 633 plans, batch de post-production synchronisé avec DaVinci Resolve.

Un film de 65 minutes, créé par une seule personne, n'aurait pas tenu sans cela. Les chaînes de traitement sont longues : prompt → image → image modifiée pour caler les personnages → image transformée en start frame d'un modèle vidéo → vidéo doublée d'une voix → voix synchronisée en lip-sync → SFX. Multiplié par les centaines de plans du film. Sans code, impossible.

Co-créateur, pas co-réalisateur

La tâche centrale du réalisateur, c'est la mise en place : découpage, angles, place et mouvement de la caméra. Et c'est précisément ce que l'IA fait le plus mal. Si je la laisse proposer les plans, elle décide à ma place — elle co-réalise. Or je n'ai pas de co-réalisateur : j'ai un co-créateur, qui construit chaque plan sans mémoire des autres. Le réalisateur, c'est moi.

Il a donc fallu coder mes propres outils, avec Claude Code, pour déplacer la caméra et faire mes raccords comme je l'entends — et, plutôt que de masquer les incohérences, en faire un style.

Idéalement, il faudrait un outil unifié — un mélange de Blender, de DaVinci Resolve et de génération d'images et de sons réunis au même endroit. Cette solution complète n'existe pas : on n'a que des briques. Tant qu'un outil universel ne sera pas là — ce sera long —, mieux vaut créer le sien. C'est tout l'intérêt de l'agentic coding.

Car le vrai enjeu d'un long métrage, c'est la continuité — de dialogue, de dramaturgie. Un film choral, où les personnages se croisent sans se répondre, serait plus simple ; une vraie dramaturgie impose ces outils, et de les bâtir soi-même.

Le temps de l'IA

Janvier 2025 → juin 2026. Pendant la fabrication, les modèles ont muté plusieurs fois. La technique de février n'est pas celle de novembre. Au lieu de subir cela, on l'embrasse : on refait, on régénère.

Les régénérations IA ne sont pas destructives. On peut créer un plan au brouillon, le recréer au propre, le rejeter, le retenter — autant de fois qu'on veut, sans jamais entamer la qualité. Le tournage classique, de par sa lourdeur, l'interdit ou du moins limite les possibilités. L'écriture, elle, le permet. Faire un film IA ressemble à écrire : on passe la majorité de son temps à réécrire, jusqu'à la publication.