La réponse est claire : l'IA m'a tout simplement permis de refaire un film.
Mon parcours est hybride. J'ai travaillé dans la publicité et l'e-commerce, toujours sous l'angle de la Data Science et de l'IA. Mais j'ai aussi réalisé des films, et j'ai une expérience de l'industrie du cinéma. Il y est très compliqué de garder une totale liberté — de faire les choses en prenant son temps, dans une grande légèreté — sans avoir à y consacrer la totalité de son activité professionnelle.
Le cinéma n'est pas un moyen d'expression adapté à cet équilibre ; il l'autorise mal, là où d'autres formes le permettent, comme la littérature. Beaucoup d'écrivains ont exercé d'autres métiers : magistrats, diplomates, médecins, gardiens de nuit… On ne choisit pas forcément son moyen d'expression : on s'exprime par passion et par nécessité.
L'IA rouvre aussi le métier à ceux qu'on en avait écartés : Roger Avary, co-scénariste oscarisé de Pulp Fiction, ne fait plus financer ses films par Hollywood et revient au cinéma grâce à elle. On va vers une explosion de la production de films — sans détruire le cinéma. Au contraire : face à la masse de films à venir, les réalisateurs ambitieux en sortiront renforcés, leur compétence d'autant plus rare ; l'IA prendra surtout sa part des produits plus fonctionnels, sans grande teneur artistique. La France produit deux centaines de films par an et publie 40 000 romans, dont plus de 30 000 auto-édités : on aura un déséquilibre du même ordre, en plus mesuré, car un long-métrage IA coûte encore des milliers d'euros.
Si l'IA n'avait pas été là, peut-être n'aurais-je pas pu refaire de film — pas avant longtemps. Les contraintes économiques et logistiques sont trop fortes. Pour garder une totale liberté de réalisateur, il faut en général produire soi-même ses films, ce qui absorbe la majeure partie du temps. Le tohu-bohu des tournages, les transports de matériel lourd en camion, les relations avec les intermédiaires : tout cela réclame un temps et une énergie énormes, qui ne vont pas à la création. Certains, pourtant, adorent ce tohu-bohu, ce chaos — et c'est là, au cœur du désordre, qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes.
Grâce à l'IA, les canaux s'ouvrent. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de lourdeur — un long-métrage, de toute façon, reste extrêmement prenant. Mais l'IA permet de prendre son temps ; et pour peu qu'on soit à l'aise avec l'agentic coding, les barrières se lèvent et le chemin vers la création se simplifie considérablement.
Disposer de ces moyens aujourd'hui est, pour moi comme pour beaucoup d'autres — bloqués par le principe de réalité dans la mise en œuvre de leur créativité cinématographique —, un rêve.
Un lien profondément humain
Le miracle de l'IA n'est pas seulement technique. Il est aussi — peut-être surtout — humain.